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LÉtat des lieux
Comédie dramatique de Michel Tremblay
Mise en scène de André Brassard
Le Tremblay nouveau est arrivé
!
Montréal ou mondial ?
Sous la plume vive et incisive de lauteur, on retrouve ce
regard moqueur et caustique sur la question suivante : un artiste
qui ne vise pas une carrière dans les grandes capitales fait-il
automatiquement un silencieux aveu de médiocrité ?
À lheure de la mondialisation, alors que lon
sinterroge sur la place des petites nations dans le monde
daujourdhui, Michel Tremblay vient lancer, avec cette
comédie mordante, un gros pavé dans la mare. Gare
aux éclaboussures !
Castafiore et compagnie
À lOpéra Bastille bourré à craquer,
pendant la grandiose et décadente scène finale de
Salomé de Richard Strauss, la cantatrice montréalaise
Patricia Pasquetti, de son vrai nom Patricia Paquette (Marthe
Turgeon), échappe un couac tonitruant, signe avant-coureur
de la fin dune voix. À travers le regard de son pianiste
accompagnateur Richard (Roger La Rue),
témoin pathétique du déclin de son idole, on
assiste au parcours de la diva. Rentrée à Montréal,
elle retrouve sa fille Michèle (Kathleen
Fortin)une comédienne qui privilégie
lart discret de la création québécoiseavec
laquelle elle engage un costaud duel verbal. Quand surgit la mère
de Patricia, Estelle (Béatrice
Picard), également comédienne, laffrontement
reprend, mais cette fois-ci, avec une adversaire drôlement
coriace ! Estelle sait aussi ce quest le déclin dune
artiste, mais surtout, elle sait ce quest limmense pouvoir
de la liberté artistique. Relations mère-fille, conflits
de génération, rapport artiste/pianiste, responsabilités
sociales et personnelles de lartiste, cest autour de
tels thèmes que sarticulent des dialogues percutants
menés avec une verdeur de langage et un humour cinglant !
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Entretien avec Michel Tremblay
À laube de la soixantaine, Michel Tremblay na
rien perdu de sa verdeur. Dans ses propos, dans les dialogues quil
écrit avec ce vigoureux humour qui est le sien, dans les
cinglantes reparties qui fusent de ses personnages. De sa plume
vive et incisive, il a tiré une partition en trois mouvements
pour quatre personnages qui utilisent le langage à la manière
dune arme dont le tranchant ne sest guère émoussé,
ni avec les années, ni avec lexpérience : une
langue acérée, grinçante, mordante, avec des
éclats de tendresse aussi, que lon reçoit comme
autant de moments de grâce échappés
Ce
texte, lauteur la dessiné en une multitude de
points dinterrogation jetés à coups de points
dexclamation !
Tremblay et lopéra
Ce nest un secret pour personne, Michel Tremblay est passionné
dopéra. En faisant dune cantatrice le personnage
central de LÉtat des lieux, il en parle abondamment
et pas toujours en bien ! « Je suis fou de lopéra.
Cest pourquoi je suis si vindicatif. Jaime ça
au point de détester profondément ce que je considère
comme de mauvaises productions; en toute subjectivité, cela
étant dit. » Il défend âprement les arguments
quil prête au personnage dEstelle : « Il
faudrait que chaque production dans le monde soit répétée
500 heures, ce qui est évidemment impossible
trop gros,
trop de gens, trop dargent. Ce que je ne comprends pas, cest
la raison pour laquelle un public pardonnera à une production
dopéra ce quil ne pardonne pas à une production
théâtrale. Pour moi, cest le résultat
dune paresse intellectuelle que je naccepte pas.
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André Brassard : l'enfance de
l'art
Le metteur en scène André Brassard est un artisan
qui a les mains dans la glaise des mots des autres et cherche à
en extraire l'essentiel, les images, l'émotion. Trente-quatre
ans après les Belles-Surs,
il attaque la mise en scène de l'État
des lieux, la nouvelle pièce de Michel Tremblay, avec
la même curiosité, la même humilité, la
même passion. C'est la vingt-deuxième création
du tandem le plus célèbre du théâtre
québécois et pourtant, à écouter Brassard,
à le voir évoluer en salle de répétition
avec ses actrices, son acteur, toute la jeunesse du mot création
vous saute aux yeux, au cur. Nous sommes le 8 mars, encore
au début du travail, un mois et demi avant la première,
et il n'est pas aisé de répondre aux questions, alors
même qu'on les découvre.
« Tremblay a cette qualité de
n'avoir jamais écrit deux fois la même pièce.
Le danger serait de penser qu'on sait comment la monter. Mais on
n'a pas longtemps la chance de penser ça :
l'État des lieux n'est pas une pièce qui a
déjà été faite. On connaît les
qualités de dialoguiste de Michel, ça, ç'a
toujours été une de ses forces. Le titre indique qu'il
y a un désir de faire un portrait du monde qu'il voit. Et
ce serait trop simple de penser que ça se lit à un
seul niveau. Notre travail est d'arriver à faire les liens. »
Il s'amuse de voir des analogies entre Patricia
Pasquetti, la cantatrice, et Hosanna, « qui a aussi connu
un grand rêve et une chute mémorable et publique »,
et à dénicher des rapports implicites, du non-dit,
entre les mères et les filles, Patricia et Michèle,
Estelle et Patricia : « Encore une fois, les personnes
qui vivent, ce sont les femmes et le gars qui est là, il
raconte ce qu'il peut. » Les trois actrices de la pièce,
de trois générations souffrent dun « manque »
de mère en fille et ont choisi la démesure, dans le
drame ou la dérision, pour panser leur blessure. Cette façon
de provoquer les éclats de rire au cur du drame, voilà
une autre des forces de l'auteur.
« L'artiste n'a pas le choix de travailler son ego. Un
fermier travaille sur son lopin de terre. L'artiste travaille sur
son ego. »
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Marthe Turgeon : le beau risque
Cest un privilège dêtre dirigée
par Brassard dans une création de Michel Tremblay et de la
jouer au TNM. Mon plus cher désir est dhonorer cette
faveur. « Ça fait partie des grands rôles
que j'ai eus à jouer, ce rôle qui m'est tombé
dessus, que je n'ai pas cherché et qui m'excite énormément,
me passionne, m'oblige à me dépasser. Qui me fait
peur aussi par bouts. J'aime ce qui m'oblige à me dépasser. »
Puisqu'il s'agit d'une création, l'État des lieux
présente un degré de difficulté de plus: « C'est
un premier sillon que nous creusons, d'autres pourront monter la
pièce dans une optique différente. Dans les classiques,
on a une définition un peu plus rapide de nos personnages,
tandis que là, on va travailler jusqu'à la dernière
minute. Pour moi, c'est un beau risque. »
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Béatrice Picard
Béatrice Picard occupe une place prépondérante
dans le paysage culturel québécois. Depuis plus de
cinquante ans, cette énergique comédienne enchaîne
rôle sur rôle, à la scène comme à
la télévision. Vive et pétillante dans les
comédies, grave et touchante dans les personnages dramatiques,
son registre est immense ! Au théâtre, on la voit
régulièrement à la Compagnie Jean-Duceppe où
elle a marqué lhistoire de la compagnie par de magistrales
interprétations. Rappelons-en quelques unes :
Fleur daciers de Robert Harling (repris au printemps
2003), La Grande Magia de Eduardo
de Filippo (1998), Cétait
avant la guerre à lanse à Gilles de Marie
Laberge (1997-98), LExpulsion
de Lily Barton de John MacNicholas (1996-97). Avec le duo Tremblay-Brassard,
elle fut de Bonjour, là, bonjour
(1997) et, sous la direction de Denise Filiatrault, des Belles-Surs
(1993).
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Kathleen Fortin
Depuis ses débuts professionnels en 1977, Kathleen Fortin
a tracé une marque lumineuse sur toutes les scènes
quelle a foulées. Sa participation à la revue
musicale Avec le temps (Théâtre du Rideau-Vert, 1999-2000)
la propulsée au rang de révélation, tant
dans le cur des amateurs de théâtre quauprès
des médias. Au TNM, LÉtat des lieux représente
une quatrième expérience pour cette étonnante
comédienne, puisquelle faisait partie du trio remarquable
des trois sorcières dans Macbeth de Shakespeare mis en scène
par Fernand Rainville (2000), de Ce
soir on improvise de Pirandello et du Songe
dune nuit dété de Shakespeare,
respectivement dirigés par Claude Poissant et Yves Desagnés.
Sous la direction dAndré Brassard, elle a joué
dans Autodafé dOlivier
Choinière (1999); elle a également travaillé
avec plusieurs autres metteurs en scène émérites,
tels Denise Guilbaut (Le Génie
du crime, Théâtre de QuatSous, 1999),
Serge Denoncourt (La Grande Magia Compagnie
Jean-Duceppe, 1998) et René Richard Cyr (Le
chant du dire-dire, Espace GO, 1998).
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Roger La Rue
En 20 ans de carrière, Roger La Rue a multiplié les
expériences professionnelles, aussi bien au théâtre
quau petit et grand écran. Son sens du rythme allié
à une grande sensibilité en font un comédien
au registre fort étendu. De ses récentes collaborations
à la scène, mentionnons
LHomme de la Mancha dirigé par René
Richard Cyr (été 2002), Les
Fourberies de Scapin sous la direction de Jean-Louis Benoît
(Théâtre du Rideau Vert, 2000), Rien
à voir avec les rossignols dirigé par Serge
Denoncourt (Compagnie Jean-Duceppe, 2000) et Les
Jumeaux vénitiens mise en scène de Denise Filiatrault
(2000). Sous la direction de André Brassard, il a joué
dans Encore une fois, si vous
le permettez, de Michel Tremblay (1999) en tournée québécoise
et au Centre national des Arts dOttawa. À la télévision,
on la vu dans plusieurs téléromans et séries,
dont Fred-dy, Asbestos
et Deux Frères. Au cinéma,
il sest joint aux distributions de
Cta ton tour Laura Cadieux (Denise Filiatrault) et
Le vent du Wyoming (Marc-André
Fortier), pour ne citer que celles-ci.
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Philippe Provencher
Ce jeune comédien, bachelier en art dramatique, programme
interprétation de lUQM, a multiplié les expériences
professionnelles tant à la scène quau petit
et grand écran. Au théâtre, il a travaillé
avec plusieurs metteurs en scène émérites,
dont Fernand Rainville (Macbett
de Ionesco), Guy Beausoleil (Bonne
nuit les vivants !), et Philippe Soldevilla (Pièce
en pièces) pour nen citer que quelques uns.
À la télévision, il compte de nombreuses collaborations
à son actif, notamment Coroner,
Lance et Compte II, Bouscotte, Un gars, une fille, Omerta III
et Le Volcan tranquille. Côté
cinéma, on a pu le voir dans
Illusion de Stéphane Parent,
Le dernier Souffle de Richard Ciupka,
Quand je serai parti
de Michel Brault et Le
Confessionnal de Robert Lepage.
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